NOTES EN DÉRIVE — JUIN 2009Sur plates-bandes et compagnie
Etude de style
— Bienne
Julien Maret, juin 2009
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D’abord le rhizome. Imaginer. C’est pas une mince affaire. La grosse commission. Au départ, l’image d’une partition de musique qui ressemble à une cartographie. Sylvano Bussoti, Cinq pièces pour piano pour David Tudor. On est pas loin de John Cage, tout proche, en même temps que très loin. La compagnie se fait toute seule. Elle ne vient pas de l’extérieur. Les voix viennent du dedans et ont des vitesses différentes, des tons tout aussi variables. Qui parle quand ça parle ? Pas de sujet ou pas seulement. Des intensités à la place. Une meute de loups. Un désert. Il est dans la noir, allongé sur le dos. A l’extrémité de la pièce. A la périphérie. Attiré par le centre, segmenté par les strates. Qui sont aussi les aiguilles chauffées à blanc que le masochiste veut qu’on lui fourre dans l’anus. Quelqu’un monte au sommet d’un sapin – une voix ? une image ? – et se laisse tomber, freiné par les branches. Ca monte, ça descend, dans tous les sens. Ca fuit. Il y a tout un peuple, des tribus de tout bord. Et chacun va cherchant son dépeupleur. Il y part une multiplicité de lignes de fuite. Chacun y va de sa p’tite musique. Fifres et tambours bien alignés sur plusieurs rangs. Au pas. Lignes droites et parallèle. Des copies d’arbre. Des branches et des racines bien policées. Polissées. En même temps, dans un autre niveau, des fêlures et de mignons dessins d’enfant soigneusement rangés dans un cahier. Des artistes dans toutes les colonies. Très peu dans le désert. Trop peu à pas de loup. Des artistes en troupes organisées et orgasmées. |
Vive l’art ! sans remuer les brancards, alors qu’il faudrait tout d’abord construire dans le noir et allongé sur le dos. En groupe ce n’est pas être en meute. Les groupuscules se cristallisent dans des identités. Nous sommes tous des groupuscules. Se fixent et se figent. C’est mortellement ennuyeux. La bande à machin, l’assoc de trucmuche. Des p’tits farmers de l’ordre, de la structure. Cul serré, deux-pétards-une-bière-le-vendredi-soir. La ligne de coke n’est pas une ligne de fuite. Ou pas toujours ou pas seulement.
Faire meute, faire désert, faire foule, c’est le passage du clandestin. L’artiste devrait être un clandestin. Une mise en sourdine. Mais il faut vivre ! Il faut manger ! Il faut que je baise ! Affirmation de l’ego qui fait masse et il y a blocage. Courbette et politesse. C’est un Etat qui s’institue et se constitue. Des lois, des protocoles. Et je ne pense pas à l’artiste qui s’engage politiquement. C’est pire, un vrai désastre. Là tout est bouché, plus de pores, de cornes. C’est la fin du nomadisme. Ca reterritorialise. Une misère. Ca se met à faire la leçon, et se faire détenteur de vérités. Sujet assujettis à sa propre énonciation. Anus volants, vagins rapides alors. En compagnie, tout seul, dire je. Mais le je est déjà une multiplicité. Tout seul, c’est beaucoup. Des séries de vitesses et d’intensités. C’est comme ça qu’il faudrait saisir les multiplicités et les corps sans organe. Cap au pire. Sans modèle, se laisser traverser par les meutes, les tribus, par les fous. Des minorités. Prendre un chapeau, une bicyclette et composer. |
Agencer. Mur blanc. De toute façon. Sur le dos en bordure. Chacun dans son cylindre. Des échelles, des vacuoles. L’artiste est un drôle d’oiseau. Les ritournelles ! Les ritournelles. Et pourquoi pas devenir animal. CsO. Dans le noir, chez soi, vers le monde. Faire mondes. La machine à gazouiller de Paul Klee. Vitesse 1837. Le zig le zag dans le nids. Sans oublier la tique. Belle machine. Deux affects. Improviser c’est rejoindre le monde, en poussant la chansonnette. Sur le fil du funambule, entre deux chaos, tous deux différents. Chaosmose. Laisser les intensités et le champ d’immanence gonfler. Voler, piller, saccager avec délicatesse. Et s’y mettre en sourdine. Pas forcément à l’écart, juste à la périphérie. L’enfant dans le groseillier. Fruits rouges et lèvres. Piqûres d’épines sous le soleil. Figure d’intensité. Visage de la vitesse. Le garçon à califourchon sur la branche du cerisier. 1980. Editions de Minuit. C’était le grabuge. Insistance et endurance. Le terrier est une ligne de fuite. Les rats les uns passant les autres. Des clandestins. Il y a toute une carte à tirer des bouches d’égout. Ca se concentre, se détend et fuse. En compagnie. Seul. (1) (1) Je n’ai rien inventé, ce qui n’est pas grave de toute façon. Je n’ai fait que marcher sur des plates-bandes, entre différents plateaux de Mille Plateaux (Félix Guattari et Gilles Deleuze) et quelques bégayements de Compagnie (Samuel Beckett). Donc uniquement répétition, mime, pillage. Et c’est cette bande que je déroule ici. |