AVRIL 2009
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ÉDITIONS & MUSIQUE — AVRIL 2009

Piquer un phare — Paris
Fabienne Radi, 1er avril 2009

Piquer un phare,ParisManœuvre totalement inutile : le nouveau journal édité par le Centre culturel suisse de Paris est gratuit.

Paru en février dernier et tiré à 10'000 exemplaires, le premier numéro du Phare se trouve en effet sur les comptoirs de tous les lieux culturels suisses dignes de ce label et donc fatalement tôt ou tard au pied des tables de nuit ou dans les toilettes de ceux qui s’intéressent à la culture entre Plan-les-Ouates, Santiago du Chili, Brooklyn, Sarajevo et Ebnat-Kappel.

D’un format tabloïd proche de celui des journaux ménagers (Construire, Coopération), mais un poil plus élancé (22,5 x 32,5 cm), Le Phare se feuillette d’une main affirmée et avec une oreille stimulée par les craquements de son papier Cyclus offset 100% recyclé qui dépasse sans conteste le 70g/m2 du journal ordinaire, celui qui finit tôt ou tard comme linceul pour les épluchures de pommes de terre. Le quotidien oui, mais avec noblesse.

Après une couverture pleine de promesses plastiques qui, pour en remettre une couche question comparaisons domestiques, pourrait évoquer le panier à salade d’une ménagère intergalactique (en fait le détail d’une œuvre des épatants Lutz & Guggisberg, exposés en ce moment au Centre), on se trouve nez à nez avec une carte de l’Europe couronnant l’éditorial des deux nouveaux directeurs du CCS.

Sur la carte déclinant un élégant camaïeu de gris fumés qui évoquent une météo plutôt mitigée, deux taches blanches : une grosse ciselée dans laquelle on reconnaît très vite la silhouette taurine de la Suisse et une minuscule toute ronde qui signale la capitale française. De la petite émane un halo couleur framboise qui s’estompe progressivement, telle une touche de blush dont Sylvie Fleury pourrait sans aucun doute nous donner la référence dans la gamme Chanel. Une comparaison tirée par les barettes mais qui a l’avantage d’ajouter à l’idée de phare culturel, développée par les deux éditorialistes avec la conviction et la passion qu'on leur connaît, d’autres couches sémantiques plus fantasques : celle du fard que l’on étale en dégradés et avec doigté sur les paupières ou les pommettes pour les mettre en valeur*; celle enfin (déclinaison linguistique de la première) du fard que l’on pique dans un moment d’intense émotion et qui se propage en une seconde des joues à la racine des cheveux.

Culture, cosmétique et psychologie. Tout un programme à priori calibré pour les lectrices de Marie-Claire mais qui regorge de liens et significations insoupçonnés sur lesquels nous ne nous étendrons pas ici, préférant nous en tenir à la comparaison formelle d’un phénomène de diffusion du centre vers la périphérie. Phénomène qui, dans ce cas précis et à notre étonnement, n'a pas contaminé notre beau pays resté immaculé. Conséquences d'un hiver qui a croulé sous la neige ? Crainte que ne se réalise le fameux rouge sur blanc tout fout le camp? Clin d'oeil à Uderzo et Goscinny ? (Nous sommes en 2009 après Jésus Christ. Toute l'Europe est contaminée par la rougeole... Toute ? Non ! Un petit pays peuplé d' incorruptibles assurés...)

Parions plutôt sur une divergence entre conventions graphiques et logiques sémantiques et remettons-nous vite fait au rouge : contrairement à l’idée reçue, on rougit plus facilement de plaisir que de honte. Celui que l’on prend à tourner les pages du Phare est en tout cas loin d’être factice. Maquette claire, mise en page fluide et aérée, bios des personnalités en cartouches, infos pratiques immédiatement repérables, agencement ingénieux des rubriques, plumes qui ont roulé leur bosse dans d’autres médias (si tant est que les plumes puissent avoir des bosses), on a ici affaire à du solide. Ce qui est plutôt bienvenu pour un phare destiné à guider un public de marins certes chevronnés mais néanmoins d'eau douce (jusqu'à nouvel ordre il ne suffit pas de gagner l'America's Cup pour saler les plages du Léman) dans les embruns de la culture.

Enfin, on notera que si Le Phare débute dans l’espace (l’Europe rougissante), il se clôt avec le temps : la dernière de couverture présente un graphique alignant une série de timelines toutes en couleurs délavées qui signalent avec efficacité la durée des événements proposés au CCS durant les trois prochains mois.

E=MC2, le prochain numéro du Phare sort en mai et Paris est à 540 km soit 3h29 de TGV.

* Et à ce propos, il ne faut pas oublier que Paris c’est une blonde.


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