VISITES — OCTOBRE 2009Ecotone — Nice
Jean-Baptiste Ganne, 24 septembre 2009Dans l’arrière-pays niçois, on trouve encore des loups. Ou plutôt, dans l’arrière-pays niçois, on trouve à nouveau des loups. À l’est de la ville de Nice, on ne trouvait plus grand chose, à l’est de la ville de Nice va ré-ouvrir un espace d’exposition et de création d’art contemporain. Il est une zone de tension et de transition où les écosystèmes se côtoient. Géographiquement, appelons cela un « Écotone ». Le promeneur un peu égaré peut s’y retrouver nez à nez avec le loup. Ou bien, il se peut que l’artiste à chapeau et le coyote y vivent ensemble.
En s’installant dans les anciens abattoirs de la ville de Nice, et très précisément dans la partie de ces abbatoirs où l’on faisait commerce des tripes (et n’est-ce pas là une spécialité des artistes que de faire commerce de leurs tripes ?), La Station - collectif mouvant d’artistes depuis 1996 -, se range du coté du loup face à ces nouveaux partenaires politiques. Sur ce terrain donc commun entre le sauvage artistique et la domesticité de l’institution, se construit un secteur de transition où les végétations se mêlent et où se rejoue le face à face de l’arrière-pays.
Avec l’exposition « ÉCOTONE », la réouverture de La Station interprète donc doublement cette tension, d’une part, c’est un genre de revanche des animaux dans ce lieu de morts, un retour envahissant du sauvage, et d’autre part c’est un nouveau face à face entre la position libre de l’artiste et la perméable bienveillance du politique. Pas question de cracher dans la soupe, mais bien de déterminer un espace commun et transitoire où peut avoir lieu ce face à face, ce territoire en tension, c’est celui où se fait et où se montre l’art, il tombe au plus juste dans ces abattoirs, 89 route de Turin, à Nice, à partir du 2 octobre à 18 heures.
Nous y retrouverons donc Joseph Beuys, au moins pour un soir, partageant sa vie avec un coyote dans une performance de 1974. Vous pourriez bien y être abasourdi par une armée de Pic-verts dans la salle consacrée à Michael Dans. Et déambulant dans les deux grandes galeries d’une exposition en forme de réserves d’un musée d’histoires pas si naturelles, il se peut que vous croisiez des loups, ceux des montagnes peut-être, dans une vidéo de Sonia Levy, que vous surpreniez une créature de Bruno Pelassy dans l’une de ses danses aquatiques ou encore que vous aperceviez un signe d’un cygne de Karim Ghelloussi. Ou je ne sais quoi d’autre.