ÉCLAIRAGES — OCTOBRE 2009
Parcours d'art — Lacoux
Benoît Billotte, 1er octobre 2009

Parcours d'art,LacouxEntre les circuits touristiques, gastronomiques, folkloriques et désormais artistiques, de nombreuses collectivités territoriales se plaisent à offrir un tourisme de proximité à la carte. L'Ain initie en 2008 un parcours d'art contemporain à travers son département. Pour cette deuxième édition, le chef d'orchestre de ce maillage culturel du territoire est le Centre d'art contemporain de Lacoux. Cette volonté de "démocratiser l'accès à la culture" n'est pas nouvelle et se retrouve plus ou moins adaptée à la sauce locale dans chaque département (comme en Haute-Savoie, son voisin) et même à l'échelle des régions françaises.

La programmation se construit généralement sur un ou quelques grands noms de la scène validé "art contemporain" puis de manière connexe sur une myriade d'acteurs plus proches du second rôle. Cette accroche marketing permet avant tout de découvrir ou de redécouvrir un nom, tout en restant ouvert à des propositions moins médiatisées. Le fonctionnement du parcours reste simple avant tout, il se construit soit sur des interventions en extérieur pour jouer avec le paysage ou davantage en intérieur pour rappeler l'existence d'un patrimoine, voire parfois il combine les deux.

Le désir de sustenter tout les palais et de faciliter la rencontre de l'art contemporain extrait aussi bien le visiteur de ses sentiers habituels que les artistes de leurs espaces à eux, ou plutôt à personne, le fétiche white cube. Désacoutumer publics et créateurs n'est pas donné d'avance, cela nécessite un contexte favorable où les contraintes peuvent faire l'objet d'un "accomodement raisonnable". Tout d'abord, le parcours s'inscrit dans une programmation essentiellement estivale et gratuite, il est bien connu que le soleil favorise le zone d'acceptation du cerveau et d'autant plus quand ça ne coûte rien. Les étapes du parcours ne se font pas toutes dans des espaces dévolus à l'art dont l'accès semblent à tort réservé aux initiés. Même le néophyte, ascendant réfractaire à l'art contemporain et rarement content de rien, pourra non pas se forcer à apprécier l'oeuvre ni à chercher une seule et unique compréhension possible, mais se rappeler à son bon souvenir l'espace réceptacle qui lui est également présenté. Les lieux de monstration sont souvent à eux seuls dignes d'intérêt par leur impact visuel, leur référence au patrimoine architectural ou historique. Pour les plus attachés à l'ordre et au cloisonnement imperméable de la même couleur que leur K-Way noir, ils pourront se rassurer d'un retour à la normal proche. Ces parcours ont une durée limitée et se répètent d'année en année que sur quelques mois pour laisser ces espaces vierges de toute action soi-disante dénaturante.

L'artiste n'est pas en reste, il lui est donné de concevoir non pas une pièce qu'il placera dans un espace lambda, mais davantage une mise en discussion d'un environnement avec un travail conçu spécifiquement pour le site, nommé de manière générique in-situ ou site spécifique. Il est vrai que la contrainte de temps et d'accrochage n'est pas évidente. D'autant plus que les forces inhérentes au lieu ne peuvent se soustraire au regard d'un simple battement de cils ou concentration mentale. Un véritable jeu de composition se présente à lui. Tout en restant libre de le refuser ou d'en jouer, il peut souligner les caractéristiques de l'espace soit par exacerbation, évocation, diminution, négation ou transformation. Le challenge est de taille mais non fermé; les thématiques de ces parcours restent souvent larges pour ne pas cloisonner la démarche de l'artiste. Ce dernier bénéficie par ailleurs d'une visibilité accrue; par effet de groupe, la communication orchestrée par et à l'échelle du département se limite rarement au traditionnel carton. Elle est complétée par un dépliant, voire une brochure/catalogue et une archive la plupart du temps sur internet. La période d'exposition se voit elle aussi gonflée, elle s'étend au-delà du mois symbolique pour couvrir au minimum la période estivale.

Quant aux organisateurs de ces parcours d'art contemporain, souvent des chargés culturels de la région, du département ou d'autres collectivités de communes, ils ne font nullement l'objet de désacoutumance. Ils restent dans des rouages bien huilés. Tout effet de vague y est proscrit, seul compte l'image et la communication de la circonscription. Proche du management, la culture et plus précisément l'art contemporain y devient synonyme de plus value esthético-touristique. Le temps d'une saison, on promeut l'existence d'un patrimoine à grand coup de blush artistique pour mieux séduire le tourisme et ainsi satisfaire les projections économiques ou désirs de reconnaissance. En même temps si cette stratégie permet de développer et supporter d'autres projets culturels, pourquoi pas. La grande question reste la temporalité de ces actions et leurs études/bilans à posteriori. Il est agréable de s'autocongratuler sur un parcours d'art contemporain, mais il est encore plus satisfaisant de se féliciter de la reconversion d'un site suite à l'organisation d'événements temporaires. La force de ces parcours réside dans la découverte ou redécouverte d'un lieu et de ses potentiels d'utilisation. L'expérience qui en résulte offre des outils d'expertise pour aborder la réhabilitation de certaines constructions. Les autorités pourraient, en outre d'organiser ces manifestations comme des plans de communication promotionnelle, tirer profit de ces propositions temporaires pour décider du sort ou de la destinée d'un espace laissé vacant.

L'éphémère relève trop souvent du déni institutionnel sous couvert d'une image active. Il est considéré comme improductif et ne sert que de paliatif sur une durée déterminée. La temporalité de certains projets, tels les parcours d'art contemporain, donne les possibilités d'expérimenter sur de courtes périodes des situations, des agencements et de les proposer directement aux habitants ou futurs utilisateurs. L'éphémère offre le luxe de tester et de prendre le temps d'analyser les potentialités inhérentes à chaque lieu.

 
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