Quelques mots sur le néant : Sylvie Fleury au Mamco — Genève
Lauro Foletti, 7 novembre 2008

Il n'y en a que pour elle et pour "la crise" : "Paillettes et dépendances, ou la fascination du néant", le sixième volet du cycle genevois rollywhollyover, offre il est vrai une page éblouissante et rondement menée en cette période de dégonflement général, libellée par l'artiste comme un "message positif" au désarroi consumériste et aux prises de risque inhibées, provoquant au passage les gloussements d'hystérie des fashionistas et des shopping freaks du cru.

Un tel déploiement de moyens force le respect, tant du point de vue des acrobaties homériques du montage que des hectolitres de blush, de la prolifération des pièces et de l'autorité spectaculaire et décomplexée de l'artiste qui, non contente de se contraindre aux quatre étages temporaires, sublime de peluche rose jusqu'aux "intouchables" les plus protégés du musée, donnant ce faisant de curieux airs de penderies aux armoires de Claude Rutault et de cabine d'essayage à "l'appartement" de Molliet-Viéville. Même Armleder n'avait pas osé.

Total look. Evanouis les sentiments de crainte, le piège des circonstances et les poches sous les yeux : la machine Fleury fonctionne ici comme une vaste essoreuse à l'attention des chalands et des nouveaux chômeurs, répondant par un surcroît de compétition et un glamour de surenchère au recul des positions les plus spéculatives, qu'elles soient financières — ou collectionneuses. Entre industrie du luxe, marché de l'art, science-fiction, New Age et évangélisme, les registres que l'artiste emprunte renvoient autant à l'agressivité et au snobisme des marchés qu'à une certaine "psychologie de la consommation", articulant l'aliénation d'un consommateur compulsif au discours de la "réconciliation intérieure" (grottes initiatiques, améthystes, position du lotus et odyssées de l'espace), fleurant la presse féminine mais aussi la compensation morale.

Reste à savoir s'il est possible, ou même recommandable de ramener ses jambes derrière la tête sur un tatami Louis Vuitton et si, après avoir "fait le vide", de retenir quelque chose de cette vaste pluie d'étoiles. Difficile de dire si le silence de Christian Bernard, directeur du Mamco, à l'égard de cette exposition obéit à la stratégie de communication du musée ou s'il répond davantage au mutisme de l'artiste sur un "objet", dans l'univers impitoyable de la création contemporaine, définitivement "non-identifiable".

 
Référence : http://xn--dat-dma.es/objects/GENEVE/SYLVIE-FLEURY-MAMCO-PAILLETTES/LAURO-FOLETTI/article-15.html
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NOVEMBRE 2008
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