BIENNALES & FESTIVALS — NOVEMBRE 2009Points d'Impact — Genève
Benoît Billotte, 29 octobre 2009En 2005, l'association PianoNobile proposait son premier festival annuel de performance Point d'Impact à Genève. Cette volonté de Maryline Billod et Marie-Eve Knoerle , en réponse à un manque d'inscription de la scène culturelle genevoise, s'est développée depuis et affinée au fil des années. Chaque programmation offre un panel de performeurs aussi bien émergents que déjà reconnus, sans jouer le name dropping ou l'évènement mainstream.
Point d'Impact dresse un paysage non exhaustif de cette pratique tout en respectant sa pluridisciplinarité. De facto, les curatrices ont toujours privilégié pour chaque épisode l'absence d'une thématique fil rouge pour mieux témoigner de son éclectisme. Sans chercher à encapsuler une édition dans un axe spécifique, elles proposent des ancrages différents sur la façon d'employer la performance; des dynamiques se profilent et peuvent résonner au fil du festival. Il est important de préciser que Point d'Impact ne fonctionne pas sur un choix à la carte de performance, c'est avant tout une invitation à la recherche d'un artiste qui est libre de présenter la perfomance qu'il souhaite. Ce principe de carte blanche amène fréquemment la présentation d'oeuvre inédite et donc expérimenter pour la première fois avec un public.
La mise en place du festival relève toujours du double challenge, tout d'abord la sélection de créateurs travaillant de manière continue ou non avec ce médium, puis l'agencement des pièces présentées à cette occasion dans un site et une durée spécifique. Aussi surprenant que cela puisse paraître, un vrai travail d'accrochage est réalisé au niveau du programme. L'enchaînement des performances selon un rythme réfléchi permet de mettre en écho, en parallèle, certaines démarches. Un agencement prospectif respectant l'appréhension de chaque représentation amène le public toujours plus loin dans sa découverte ou son appréhension de cette pratique. Travail méticuleux et proche parfois du casse-tête, cette articulation a tendance à être discrète pour accompagner avec attention le visiteur.
Ce festival extra-muros se plaît à investir des espaces de monstration non prédestinés à la performance. Après le cadre intimiste et cosy de la Villa Dutoit l'année passée, il renoue avec ses premières amours, les espaces bruts et industriels des trois premières éditions. Le premier étage du BAC est l'hôte de la programmation 2009; il offre un emplacement géographique central, avec un gage de reconnaissance institutionnel qui transige du caractère plus outsider des années précédentes. Espace open floor et modulable, il permet d'appréhender d'un seul regard les îlots performatifs de chaque artiste. Proche de la carotte géologique, les strates et traces des différentes performances du jour seront visibles soit dans leur état passé, actuel ou à venir.
Trois générations d'artistes se croisent cette année au fil du festival. Ne cherchant pas à privilégier la comparaison chronologique ou contextuelle, Point d'Impact offre davantage une sélection d'artistes aussi bien issus de niches récemment identifiées que de niches plus établies mais encore peu diffusées sur la scène franco-romande. A noter que pour cette édition, la programmation s'articule sur un champ connexe "l'approche théorique". Sans valoriser la validité du festival par une plus-value théorique, deux conférences seront données non pas par des théoriciens mais par des artistes. L'une regroupe trois participants: André Stitt, Arthur Tajber et Roi Vaara; ils préciseront le contexte spécifique des années 70 qui a initié leur travail. L'autre conférence porte sur la méthode de travail de João Fiadeiro, "méthode de composition en temps réel", qui peut être expérimentée au préalable lors de son atelier à la Black Box du Grütli.
Chaque année, un DVD permet de rendre compte de la programmation. Entre documentation et archivage, ce support souligne l'une des problématiques constante de la performance: sa trace. L'édition est réalisée de concert avec les artistes lors de la prise de vue, puis avec les curatrices lors du montage. Cet outil ne se limite pas à la simple promotion du festival, il offre un prolongement à la ligne de conduite de Points d'Impact.