Fermeture de la Taupinière — GenèveLauro Foletti, 7 septembre 2008
Suite à l'exposition "Résidence l'Ermitage" de
Legoville (Anna Larocca & Niklaus Strobel) censurée
en mai dernier par l'opérateur Swisscom, propriétaire des lieux, la très jeune
Taupinière est contrainte de quitter les lieux.
Le bailleur ne souhaite en effet pas reconduire la location de ses vitrines, alors que l'endroit offrait
aux artistes une situation privilégiée sur la plaine de Plainpalais et aura
constitué un espace de recherche,
d'expérimentation et de médiation insolite.

Actif depuis des années dans l'espace public genevois,
Legoville y avait révélé, sur la
base de plans d'architecture et de photos de chantier, l'existence de luxueux bunkers et
d'un central téléphonique, dont la Taupinière, comme son nom l'indique,
est un des accès.
La curatrice, Antoinette Vonder Mühll, avait engagé un travail de réflexion critique sur les formes
et leur accessibilité, tenant compte du contexte de monstration, convoquant aussi bien l'architecture
et l'histoire du lieu que son inscription dans la ville. A l'image du petit édifice, les travaux exposés
ont fait tour à tour resurgir, comme autant de portes et d'éclairages singuliers, des fonctions et des
perspectives enfouies dans l'épaisseur du temps, et du sol : militantisme syndical avec Saša Karalic,
spéculation immobilière et crise du logement avec
Legoville, industrie du spectacle avec Esteban Pagès.
Comme le relève la curatrice, la polémique est plus liée au lieu
lui-même qu'aux propos des artistes, et les rapports de force semblent hanter de longue date il est vrai — serait-ce
le spectre de Frankenstein ? — la plaine de Plainpalais. Antoinette Vonder Mühll regrette à cet égard
le caractère unilatéral et autoritaire de cette décision, et juge la réaction de l'opérateur disproportionnée, voire déplacée.
La fermeture de la Taupinière, en novembre, ajoutera une page à l'histoire conflictuelle de la plaine de
Plainpalais ; elle s'inscrit en outre dans la phase "ténébreuse" que connaît la
place culturelle genevoise avec la liquidation massive des lieux destinés à la création contemporaine.
* La
projection d'Esteban Pagès reste visible quelques temps encore. La curatrice prévoit deux autres événements
en octobre et novembre. À suivre...
lataupiniere.ch