ÉDITORIAL — MARS/AVRIL 2010
Après la débâcle — Jonction
Sophia Bulliard et Lauro Foletti, 7 avril 2010D’un côté la silhouette solennelle et voûtée du prélat pontifical, qui sauve d’entre les cuisses d’un petit enfant un pieux épanchement de sperme, tandis que s’émeuvent un milliard de catholiques devant le Christ en croix. De l’autre Abe Duke et Styro2000 à l’affiche du festival genevois Electron, qui porte désormais son drapeau aux cimes des rendez-vous festifs européens. C’est là qu’il va, ce dimanche soir de fin de semaine pascale. Il y va avec un ami d’enfance. Deux amis lausannois qui vont en soirée ensemble, quoi de plus ordinaire ?
Ce jeune homme, Apollon du XXIe siècle, à Genève, à l’Usine. Il est de bonne humeur, il apprécie la compagnie de cet ami d’enfance « monté » à Paris quelques années plus tôt et qu’il ne voit que trop rarement. Ils boivent quelques bières, le sourire aux lèvres. Il y a du monde, de plus en plus, et la musique est chouette. Comment dire… suave, à la fois directive et relaxante.
— Comme un pack Yves Rocher ?
— En plus profond, Madame. Plutôt la gamme Nickel. Souple et rigide, mécanique et mélodieuse. On la sent jusqu’au squelette, « jusqu’aux tréfonds de son âme », comme on disait au XVIIe siècle.
Un tour de passe-passe et nos deux amis se trouvent aux arrières, sous les néons, entre un gigolo canadien et un éphèbe bouclé, sorti du plus beau Larry Clark. Bières, eau plate et Red Bull light à gogo. Hugues s’y présente, robuste, pétillant. Il transpire beaucoup, porte un grand trèfle et semble très exalté. Un cristal de MD se partage. MD brunâtre, qui rappelle l’héroïne. On l'enveloppe dans du papier. Bénédictions faites, les bombes sont vissées et les dés jetés. Il en reste même pour plus tard !
Leur bonne humeur s’approche alors d’un doux bonheur. Portés par le son, détendus, ils sourient, rencontrent, dansotent, sirotent, zieutent. L’atmosphère s’adoucit, se ramollit. Le degré érotique s’élève, pourtant sans pression dans le slip. Des oeillades, quelques frôlements au passage. Des frôlements ? De courtes touches, une main qui s’échappe caresse un ventre, un carton blanc brandi en éventail, des mains dans le cou, sur le front.
Beaucoup plus tard, l'un et l'autre tentent de fermer l’œil sans pour autant pouvoir prendre aucun repos, tant le foehn de cette nuit du quatre avril travaille leur boîte crânienne. Deux heures plus tard enfin, après quelques gouttes de Visine, ils resplendissent.
www.electronfestival.ch
FESTIVAL ELECTRON
Genève
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