Diversions — Quelques contractions des mondes Julien Maret, le 7 décembre 2008
"Je serai quand même bientôt tout à fait mort enfin."
Samuel Beckett
Faire monde. Du recoin, chuinte une voix : « Je me monde. » S’amenuise au loin, s’éteint dans un feu de sarments qui crépitent. Puis, le silence. Qui est une bille dans une cage d’escalier. Puis, le silence encore. Qui est, ce coup-ci, une lame contre le revers d’un caillou.
Le monde n’a pas eu lieu. Faire monde une autre fois. De l’intérieur, s’étire une bulle : « Je me fais dedans. » Elle attire les débris, aspire les résidus, gobe les criques, enserre les cavités. Une saillie ! La bulle s’accroche à la brèche, défaille, s’écorche. Alors, l’ébruitement se déverse sur une écorce sarclée par les remous d’une cascade.
Ce fut presque le monde. Du retour, un ruban voltige et claque : « Je me cercle. » Et qui s’enchevêtre aux grillages, et qui se noue aux ferrailles, et qui s’entoure d’édredons, et qui se pare des météores. Et qui s’étiole en traversins sous le torrent écaillé des saumons.
Faire monde, à chaque fois, une dernière fois. Du pli, les pores suintent : « Nous nous sommes dehors. » Les pores des menottes hypnotisent la touche en dissolvant les scories. Tandis que la porosité des solives fabrique, au verso des portes écarquillées, une spirale de limon. Une poignée de pores travaillent en quinconce - en huit clos - les apories au moyen d’une boue d’argiles, tirée de laves glaireuses des fosses ovales. Ils crachent les mondes qui vomissent les mondes sur les mondes qui susurrent des immondes.